Le racisme colonial

Racisme, inégalité, discrimination, passé colonial : des « virus » qui  minent la cohésion sociale. 

Une conférence de Boyeniak Guy Igor aka Providence 

Plan de travail :

Introduction

Face aux circonstances actuelles liées à la discrimination et au racisme envers les Noirs, qui  touchent notre société et affectent la cohésion de l’humanité, nous devons intervenir par un  engagement personnel. Car en ce qui me concerne, j’ai longtemps cru qu’il n’y avait pas de réalité  intime à être noir ou blanc, que seules les barrières de classe comptaient et que le mérite républicain  faisait une vie réussie. Les jeunes générations démontrent, pour dire que l’invisibilité des couleurs  est l’universalité des valeurs. Pourtant, une vie réussie se résume à ce que l’on fait pour éradiquer la  haine par la justice et la liberté. Que la police soit noire ou blanche, tout comme ses victimes, il n’y  a qu’un choix qui compte, celui de s’engager pour ceux qui n’ont pas le choix de leur destin. La  valeur contre la couleur, la grandeur de l’invisible contre le visible, une marche de la fierté et le  droit de s’indigner.  

Ce document est une compilation d’opinions et d’analyses de la réalité actuelle sur le  racisme, l’inégalité et la discrimination qui, selon moi, sont liés au passé colonial et constituent un  « virus » qui mine la cohésion sociale.  

Pour ce faire, je vous donnerai un aperçu historique de la classification des races, je parlerai de la  colonisation et, enfin, j’expliquerai les conséquences de la colonisation en termes de discrimination et de racisme.

Rappel historique du classement des courses

Le blasphème historique sur la classification des races

Au début, le monde était un, et chacun, où qu’il se trouve, pouvait jouir d’une liberté  inconditionnelle, vivre sa propre réalité et ne se conformer qu’aux us et coutumes établis dans son  clan. 

Ensuite, la Terre a été divisée par un mouvement tectonique ou un déplacement de plaques.  Dans les circonstances données, l’homme avait donc l’aspiration à la liberté et aux possibilités de se  déplacer. C’est ainsi que le désir de découverte a grandi dans la conscience des hommes. Que nous apprend l’histoire sur ces déplacements de population par rapport à la discrimination et au  racisme actuels ?

Pour comprendre pourquoi ce phénomène de discrimination et de racisme perdure encore  aujourd’hui et faire régulièrement parler de lui dans toutes les couches de la société, j’ai décidé de  remonter dans le temps.

De nos jours, certaines personnes pensent que leur situation géographique, leur 

couleur de peau ou de leur puissance économique sont au-dessus des autres. Et d’autres, incapables  de réagir ou, au mieux, trouvant cela absurde, s’en accommodent ou maudissent la nature de les  avoir rendus « inférieurs » à leurs charmants semblables. 

La nature est-elle responsable de cette stigmatisation ?

A cette question précédente, chacune et chacun d’entre nous a sa propre réponse, sa propre  perspective. 

Mais laissez-moi d’abord vous présenter ci-dessous la genèse de toutes les dérives liées à la pensée  hiérarchique des « races humaines ». 

En 1758, CARL VON LINNE, dans « Système Natura », proposa quatre  

variétés d’êtres humains et leur attribua des caractéristiques non scientifiques : 1. L’Americanus : 

à la peau rouge, à la posture droite et au caractère colérique. 

  1. L’Europeus :  

avec une peau blanche, du sang et des muscles. 

  1. L’Asiaticus : 

à la peau jaune pâle, mélancolique et rigide. 

  1. L’Afer 

un flegmatique à la peau noire et à l’allure décontractée. 

Il distingue également deux autres variétés fantaisistes. Les monstrueux (les poilus) et les férus (les  enfants sauvages), qui font référence aux personnes de petite taille. 

De plus, en 1775, le naturaliste Johann Friedrich Blumenbach a proposé une nouvelle  classification de l’Homo sapiens : « De generis humani varietate nativa ». En 1795, il adopta la  taxonomie suivante : « la variété mongole (Chine, Japon), la variété caucasienne à la peau pâle  (Europe), la variété éthiopienne à la peau foncée (Afrique), la variété américaine et la variété  malaise (Polynésiens, Aborigènes)« . 

La particularité de la découverte de Blumenbach est qu’il établit une hiérarchie entre les variétés. Il  place la variété caucasienne en tête des autres variétés selon des critères très personnels : « C’est le  plus beau peuple !  »  

Les autres variétés seraient une détérioration par rapport à la race caucasienne. Il convient de noter que tous ces écrivains qui ont élaboré des théories sur la classification des races  humaines appartenaient à la « variété caucasienne ». Quelle ironie ! 

Toutes ces tentatives de classification du monde marqueront les époques de notre vision du  monde. Nous en héritons et elles font partie de notre histoire. Certaines personnes utilisent ces  théories, consciemment ou inconsciemment, à des fins racistes.

Pierre-Paul Savorgnan de Brazza übergibt König Makoko den Protektoratsvertrag, der 1882 von der französischen Regierung ratifiziert wurde © UniversalImagesGroup / Contributor / GettyImages

la colonisation

La colonisation désigne le processus par lequel un pays ou un groupe de personnes établit une ou  plusieurs colonies sur un territoire étranger. La colonisation, ce système jugé négatif, aurait pour  objectif l’exploitation des matières premières, de la main-d’œuvre, des positions stratégiques, de  l’espace vital, etc. 

L’Allemagne, comme nombre de ses homologues régionaux, s’est engagée dans la poursuite  d’objectifs coloniaux. L’histoire de la colonisation commence en Allemagne sous les auspices de  Carl Peters, le fondateur de la Société de colonisation allemande, qui était soutenu par Bismarck.  Peters s’est rendu en Afrique pour piller le sol du continent afin de garantir à son peuple une  prospérité économique et une vie aisée à long terme, au détriment des valeurs humaines des  Africains et des Africaines. 

L’ensemble du processus de colonisation reposait sur un fait évident, à savoir la France 

l’inégalité des différentes races humaines. Parler de « races supérieures » et de « races inférieures »,  comme le fit Jules Ferry devant la Chambre des députés en 1885, n’avait rien de choquant. A  l’époque, la question de la hiérarchie des races n’était pas discutée, elle faisait partie du sens  commun. Cela a été confirmé et renforcé au XIXe siècle par un nouveau discours scientifique, de  l’Essai sur l’inégalité des races humaines du diplomate Joseph Arthur de Gobineau en 19, à 1855  certains travaux anthropologiques qui déduisaient des caractéristiques physiques des Noirs (par  exemple la taille du cerveau) leur statut de « primitifs ».

Et elle s'est associée à de nouvelles théories évolutionnistes qui partaient du principe que les hommes "sauvages" (par exemple les Africains:es) n'étaient qu'un stade préliminaire des hommes "civilisés" (occidentaux). "Lorsque l'Exposition universelle de 1889 expose des hommes et des femmes noirs dans des villages aux allures africaines, il y a aussi une logique pédagogique", constate l'historien et réalisateur Pascal Blanchard dans le magazine GEO Histoire "L'Afrique au temps des colonies" (n° 24).

 » Le thème de  l’exposition est le progrès de l’humanité et on essaie de montrer ses différentes étapes de  développement.  »  

C’est un argument fort en faveur de la colonisation républicaine. Il légitime la conquête  au nom d’idéaux humanistes universels … tout en permettant de ne pas appliquer ces idéaux aux  populations locales, qui, d’une certaine manière, ne sont pas encore totalement humaines. Avant de  les civiliser, on peut donc les dominer et décider à leur sujet. Dans son livre « Marianne et les  colonies » (éditions La Découverte, 2003), l’historien Gilles Manceron qualifie cette astuce  d' »universalisme truqué..

...La République en France, surtout depuis les débuts de la Troisième République, a formulé un discours spécifique qui mettait en jeu les droits de l'homme pour justifier la colonisation. Mais en réalité, le message des droits de l'homme a été déformé pour faire autoriser leur violation. "

La course au drapeau commence pour les nations européennes

Au début du XIXe siècle, « l’Afrique noire » est devenue le territoire privilégié de ce nouveau  colonialisme que la France a étendu à la majeure partie de la partie occidentale du continent, du  Sahara au Congo – sans oublier Madagascar. Au début, dans les années 1870, la majeure partie de  cet immense territoire était encore vierge de toute présence occidentale et ne représentait pas un  véritable défi. Pendant des siècles, les Européens s’étaient limités aux côtés où ils étaient  approvisionnés en esclaves et en marchandises exotiques par des intermédiaires locaux, comme les  Français au Sénégal, à Saint-Louis et à Gorée. L’exploration de l’intérieur du pays avait commencé  au 19e siècle et s’est intensifiée à partir des années 1850, notamment dans la partie sud du pays à  l’initiative des Anglais. Dans les années 1850-1860, les Français, menés par le colonel Louis  Faidherbe, ont mené un début de conquête territoriale et de « mise en valeur » économique du  Sénégal intérieur. Avec des troupes réduites, renforcées par des bataillons indigènes, Faidherbe  pénétra profondément dans le pays, créa des protectorats et réprima des révoltes comme celle des  Fulbe ou des Toucouleurs.  

Ces opérations pionnières n’étaient que les prémices de la « ruée » vers l’Afrique qui a eu lieu dans les  années 1870.  

années. L’historien Nicolas Bancel explique :

Nicolas Bancel

« Il fallait planter le drapeau le plus loin possible. 

possible de mettre en place avant que les autres ne le fassent. En effet, les pays africains étaient de  plus en plus au centre de l’attention depuis quelques décennies. Pour les Français, la rivalité contre  les autres pays européens, notamment les Anglais, était une dynamique forte de conquête  territoriale. Et comme les Anglais, qui assumaient plus que les Français les motivations  économiques et stratégiques de la conquête, avaient une longueur d’avance, il fallait aller le plus  vite possible pour conquérir le plus de terres possible.

  » Jules Ferry désignera cette fièvre de  conquête par l’expression « course au clocher ». 

DISCOURS DE JULES FERRY À LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS LE 28 JUILLET 1885

« Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire franchement que les races supérieures  ont en effet un droit par rapport aux races inférieures. (…) Elles ont un droit parce qu’il y a un  devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures (…). Ces devoirs ont souvent  été bafoués dans l’histoire des siècles précédents, et lorsque les soldats et les explorateurs  espagnols ont introduit l’esclavage en Amérique centrale, ils n’ont certainement pas rempli leur  devoir en tant qu’hommes de races supérieures. Mais de nos jours, j’affirme que les nations  européennes remplissent ce devoir supérieur de civilisation de manière large, grande et honnête« . 

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Jules Ferry

Ainsi, pendant de nombreuses années, les continents africain, asiatique et américain ont été peu à  peu dépouillés de tout ce qui pouvait être utile à leur existence. En faisaient notamment partie : des  personnes en bonne santé (réduites en esclavage), des ressources minières et naturelles, des  autochtones humiliés et évincés. 

Pap Ndiaye

« L’histoire coloniale et esclavagiste du monde occidental a laissé des traces profondes dans  la manière dont nous pensons aux groupes aujourd’hui« , explique l’historien Pap Ndiaye.

Même si  cette période semble lointaine, ses effets se font encore sentir aujourd’hui sous la forme de  stéréotypes racistes et de discriminations à l’encontre de la population noire dans le monde entier.

Discrimination

 » La discrimination est le fait de désavantager, d’exclure ou d’humilier des  personnes en raison de leur appartenance à un groupe ou de la croyance qu’elles  appartiennent à ce groupe.  » 

Ce traitement défavorable ou d’exclusion peut conduire à ce que des personnes se voient refuser  l’accès à certains lieux, tels que des boîtes de nuit ou des salles de sport, ou à ce qu’elles ne soient  pas embauchées dans des entreprises pour certains postes. La discrimination peut prendre la forme  d’insultes personnelles ou encore du boycott des produits de certains groupes de personnes. Elle  peut prendre la forme d’images stéréotypées et excluantes que l’on trouve dans les médias ou dans le  domaine de l’éducation. La discrimination signifie également que les intérêts d’un certain groupe ne  sont pas pris en compte dans la sphère politique ou que les personnes de ce groupe n’ont pas de  représentation politique.  

En fait, la discrimination se manifeste sous différentes formes : 

la discrimination structurelle, conçue au niveau de l’État par des lois ou des règlements juridiques Discriminations institutionnelles dans la vie quotidienne, conçues au niveau de l’État, et par  exemple  

Par exemple, dans les relations avec les autorités. 

  • la discrimination institutionnelle non étatique, par exemple sur le marché de l’immobilier ou  du travail ou dans l’accès à certains services ou produits 
  • le racisme au quotidien dans les interactions entre individus ou entre groupes informels ou  officiels de la société civile 
  • discrimination culturelle, par exemple dans les médias ou dans les livres les agressions racistes et les actes de violence. 

Nous définissons le racisme comme un modèle particulier d’exclusion, de hiérarchisation et  d’inégalité de traitement sur la base de critères extérieurs liés à des catégories de groupe telles que  l’ethnie, la nation, la culture ou la religion. Le racisme se manifeste par une série de privilèges, de  modes d’action, de lois, de structures organisationnelles, d’images culturelles et de perceptions de  l’autre qui sous-tendent cette hiérarchisation et cette exclusion. Ces hiérarchisations et les privilèges  qui en découlent et se reproduisent sont historiquement marqués par le passé colonialiste de  l’Europe.  

Dans le cas du racisme, on attribue à certains groupes de personnes des traits de personnalité tels  que (par exemple, la criminalité, le tempérament ou le manque de volonté de s’instruire) et à  d’autres groupes des compétences telles que (par exemple, la musique et le sport, mais pas la gestion  ou la physique) sur la base des critères susmentionnés. Tout se passe comme si ces personnes  formaient un groupe homogène et comme si ces traits de caractère étaient « innés » ou ne pouvaient  jamais changer. On pense même que les frontières qui déterminent l’appartenance à l’un ou l’autre  groupe sont tout à fait claires et évidentes. Il est intéressant de noter que la majorité des personnes  peuvent voir la diversité de leur propre groupe (le groupe auquel elles s’identifient) et 

identifier, surtout si l’on se réfère à de grandes catégories comme la nation (ville/région, Berlin,  Bavière, etc.) ou la religion (protestants, catholiques en Bavière par rapport aux catholiques en  Espagne). En revanche, les « autres » sont considérés comme des groupes homogènes. On dit qu’ils  sont « tous » ou « presque tous comme ça », et que les exceptions confirment la règle. Cela fait  également partie de la pensée raciste. 

b- les conséquences du racisme pour les victimes

Je pense par exemple à cet élève, qui est aussi le fils d’un ami. Un jour, je vais chez eux, et à  la fin du repas, le fils refuse catégoriquement de manger son fruit préféré, la banane. Nous essayons  de le faire parler, mais rien n’y fait. Le troisième jour, le père m’appelle et me dit : « Viens, j’ai  besoin de te parler ». Son fils nous explique alors qu’il a fait un blocage parce qu’un de ses  camarades l’a traité de singe alors qu’il mangeait une banane. Selon son camarade, tous les Noirs  sont des singes. Le père, fou de rage, a fait irruption à l’école et a commencé à s’énerver contre  l’enseignante en lui demandant : « Que faites-vous si des enfants de cet âge ont déjà des idées  racistes ? L’enseignante lui répond : « Nous connaissons le cas de cet enfant, c’est son grand-père qui  l’amène à l’école. Son grand-père est un ancien colon. C’est lui qui lui dit ce genre de choses ».  

Les enfants aussi intériorisent fortement les préjugés racistes

Cette théorie selon laquelle les enfants ne reconnaissent/expérimentent pas le racisme et ne peuvent  pas faire la différence est absolument fausse. Il existe plusieurs études qui le prouvent. Il y a par  exemple une expérience qui a été menée aux États-Unis. On a montré à des enfants une poupée  noire et une poupée blanche et on leur a demandé de choisir la poupée qui leur plaisait le plus.  Entendons-nous bien : « blanc » ne correspond pas à la réalité de la couleur de peau des gens, pas  plus que « noir », ce sont des réalités sociales construites à une époque où l’on voulait légitimer  l’esclavage et la colonisation. Dans cette expérience – il y a des vidéos sur YouTube  (https://www.youtube.com/watch?v=DvZ9G6T3–k) – les enfants noirs ont toujours choisi la  poupée blanche. Il est intéressant d’entendre leurs explications lorsqu’on leur demande pourquoi ils  ont choisi cette poupée. Car pour eux, la poupée noire est sale, méchante, etc. En fait, tous les  stéréotypes coloniaux sur les Noirs sont sortis de la bouche des enfants comme explication. 

Que pensent les jeunes ?

En dehors de ces expériences, j’ai parlé avec des jeunes de pays africains qui sont nés sur le  continent européen et qui vivent depuis leur naissance dans des pays comme l’Allemagne, la France,  etc. Ils estiment qu’on ne tient pas compte d’eux dans l’enseignement parce que le lien originel entre  eux et les pays dans lesquels ils vivent n’est pas pris en considération lorsqu’il s’agit d’aborder  l’histoire coloniale. Ils

savent très bien que sans cette histoire coloniale, ils ne seraient peut-être pas ici, qu’ils ne seraient  peut-être pas allemands, belges ou français. Avec Internet et le mouvement Black Lives Matter,  beaucoup ont essayé d’en savoir plus sur ce qui s’est passé aux États-Unis, sur l’histoire de Malcolm  X, Martin Luther King et Angela Davis. Beaucoup de jeunes connaissent ces faits, mais parfois ils  n’en savent pas grand-chose parce que l’école ne leur laisse pas assez de place pour en parler. C’est  ainsi que l’on en arrive à se radicaliser et, en tant que victime du racisme, à ne plus vouloir discuter  parce que l’on estime que ce pays ne veut pas de nous. Certains jeunes m’ont dit : « J’ai la carte  d’identité, mais je ne me sens pas allemand/allemande ». C’est ce que j’appelle la « désolidarisation en  tant que citoyen:ne ». 

Étudiante, 19 ans : 

Aujourd’hui, à l’école, la maîtresse a posé des biscuits au chocolat et dit : « Je laisse vos N….küsse  ici ». Je lui ai demandé : « Vous venez de dire N…..küsse ». Elle a ri et m’a dit : « Vos biscuits au  chocolat – Z………schnitzel, on ne peut plus dire ça maintenant, on dit Roma et Sinti Schnitzel,  hahaha », puis elle est sortie de la salle. 

Sonja : 

Alors que nous venions de quitter Paris pour une petite ville de Rhénanie-Palatinat, j’ai assisté à un  service religieux le dimanche avec mes deux premiers enfants, ils avaient alors 5 et 4 ans. Nous  avons été bénis de tous les côtés par toutes sortes de regards, je me suis dit « yay, nous sommes des  aliens ». Je me suis d’autant plus réjouie quand, après le culte, un couple âgé est venu nous voir, la  femme s’est tout de suite mise à jaser : « Ah, qu’ils sont mignons, et ces petites boucles ! » et là, elle a  tout de suite eu les doigts dans les cheveux de ma fille, « nous en avions adopté une fois, ils venaient  d’Inde – d’où viennent les vôtres ? ». Je suis restée sans voix, je n’avais jamais entendu ça à l’époque  et cela m’a occupée tout le reste de la journée. J’étais en colère contre moi-même, j’aurais dû  répondre quelque chose d’intelligent, mais j’ai préféré prendre congé et m’enfuir. Mais il n’a pas  fallu longtemps pour que j’aie l’occasion de répondre intelligemment. Lors d’une excursion au  musée en plein air, une autre femme – de Russie – a trouvé mes adorables ‘bébés en chocolat’ et  leurs cheveux si magnifiques qu’elle a voulu savoir si je les avais adoptés. « Non », ai-je répondu, « je  les ai faits moi-même, et c’était vraiment amusant ! Vous devriez essayer un jour ! Vous aurez alors  vos propres ‘bébés en chocolat' », a-t-elle dit, embarrassée. J’ai utilisé cette réponse à chaque fois  que quelqu’un m’a demandé d’adopter mes enfants. 

Anonyme : 

Dans une entreprise de Potsdam, il y a deux salles de pause dans le domaine du nettoyage  d’entretien. Une salle pour les Allemands, une autre pour les étrangers. Comme si cela ne suffisait  pas, la table et les chaises de la salle de pause pour les étrangers ont été enlevées sous prétexte que  la table et les chaises sont nécessaires ailleurs. On pourrait pourtant s’asseoir par terre pour  manger ou aller faire une pause à la cafétéria de l’établissement. Mon mari n’y travaille  heureusement plus, mais quelle humiliation est-ce là ? 

Conclusion :

Même si la société accepte moins aujourd’hui que le racisme se manifeste sous la même  forme qu’à « l’ancienne époque nazie », le racisme reste une réalité vécue. Les lois, les structures  organisationnelles et le type de comportement que nous attendons des autres sont toujours  imprégnés d’images qui nous ont été transmises par d’autres à des époques révolues. Ces images, qui  ne sont pas perceptibles au premier coup d’œil, sont toujours considérées comme allant de soi, ce  qui les rend difficiles à changer. Il existe toute une série de préjugés hérités de l’époque coloniale,  que l’on retrouve encore dans les médias et dans les contenus éducatifs. À cela s’ajoutent nos valeurs  culturelles et notre législation. 

Toutefois, la couleur de peau et d’autres critères physiques sont moins mis en avant qu’auparavant.  Au lieu de cela, d’autres particularités telles que le nom, l’accent ou les vêtements constituent des  impulsions tacites qui amènent les gens à classer les autres dans certaines « catégories culturelles ».  Comme dans l’ancienne forme de racisme, ces particularités culturelles (y compris la religion) sont  associées à certains traits de personnalité et capacités des personnes. Celles-ci sont également  considérées comme des caractéristiques immuables, quasi biologiques, qui distinguent un groupe  d’un autre. Cette approche d’une culture à caractère raciste est appelée « culturalisation ». 

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Notre conférencier

Guy Igor Boyeniak

Je m’appelle Guy Igor Boyeniak, dit Providence. Je suis né au Cameroun d’un père infirmier et d’un père enseignant. En tant qu’enfant de parents très engagés socialement, il m’était naturel dès mon plus jeune âge de partager les actions de mes parents en partageant ma chambre avec des enfants qui n’avaient pas de toit au-dessus de la tête. Lorsque mon père a perdu son emploi, à l’âge de 11 ans, comme beaucoup d’autres enfants au Cameroun, j’ai décidé d’aider à subvenir aux besoins de ma famille et de payer mes propres frais de scolarité. Ma petite entreprise m’a permis d’économiser de l’argent pour un appareil photo et à partir de là, j’ai pris des photos chaque fois que je le pouvais pour gagner ma vie. J’ai aussi été attiré par la musique depuis que je suis enfant, j’aimais danser et on me demandait souvent de danser lors d’événements pour de l’argent. J’ai chanté dans la chorale gospel pendant de nombreuses années. J’avais obtenu mon diplôme d’études secondaires avec mention, puis étudié la philosophie dans le but de devenir prêtre, mais comme l’idée de devenir père ne me laissait pas partir, j’ai décidé plus tard de quitter le chemin du prêtre et de fréquenter la direction de l’université pour étudier, où j’ai obtenu un baccalauréat en gestion et en administration des affaires. Lors d’une manifestation étudiante contre la situation difficile des jeunes, plusieurs étudiants et amis ont été blessés et arrêtés par la police. J’ai dû fuir et j’ai quitté le Cameroun peu de temps après. Je suis venu en Espagne, puis en France, et j’ai finalement décidé de m’installer en Allemagne, où je me suis engagé politiquement dans divers groupes de gauche. En tant que membre des associations Global New Generation e.V., Refugee Initiative Berlin et Brandenburg e.V., je me suis de plus en plus impliquée et j’ai écrit mon premier livre intitulé : « A Stay in Pandemonium ». Aujourd’hui, je travaille comme analyste financier pour une banque et je suis père. Je reste attaché aux causes des minorités et engagé à soutenir les migrants.

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Crédits

Sources : 

En 1954, Albert Schweitzer examine un jeune patient à l’hôpital de Lambaréné, au Gabon © Ullstein bild /  Getty Images 

Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme

Aikins, J. K. (2004). Le présent quotidien du passé colonial, dans : The BlackBook. Antidiskriminierungsburo  Köln (Bureau anti-discrimination de Cologne). Frankfurt am Main [e.a.], IKO – Verl. für Interkulturelle  Kommunikation. 

Aikins, J. K. (2004). Le présent quotidien du passé colonial, dans : The BlackBook. Antidiskriminierungsburo  Köln (Bureau anti-discrimination de Cologne). Frankfurt am Main [e.a.], IKO – Verl. für Interkulturelle  Kommunikation. 

Arndt, Susan/Hornscheidt, Antje (2004, éd.) : L’Afrique et la langue allemande. Un ouvrage de référence  critique. Unrast Verlag : Münster. 

rndt, Susan (2005). « Mythes du sujet blanc : déni et hiérarchisation du racisme. Mythes, masques et sujets ».  Recherche critique sur la blancheur en Allemagne. Eds. Maureen Maisha Eggers, et al. Münster : Unrast  Verlag. 

Arndt, Susan/Ofuatey-Alazard, Nadja (2012, éd.) : Comment le racisme parle à travers les mots. (K)Héritiers  du colonialisme dans les archives de la langue allemande. Un ouvrage de référence critique. Unrast Verlag :  Münster, 2011. 

BER e.V. (éd.) : Creuser un puits pour les autres. Critique du racisme // Empowerment // Relations globales.  Berlin. 

Bonilla-Silva, Eduardo (2003). Le racisme sans les racistes. Color-Blind Racism and the Persistence of Racial  Inequality in the United States, Oxford a.o. : Rowman & Littlefield Publishers. 

1758, CARL VON LINNE, propose dans « Système Natura 

Johann Friedrich Blumenbach s1775 « De generis humani varietate nativa ». 

https://www.gnghomeschool.one/de/was-ist-diskriminierung/ 

https://www.spektrum.de/lexikon/biologie/menschenrassen/42123

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